
Le théorème de Sharkovskii
par Jean-Yves Briend
Résumé :
Au pays des publications mathématiques, il est rare de
commencer un article par une section bricolage. C'est pourtant ce que
nous allons faire en vous proposant de réaliser
vous-mêmes un montage facile et peu onéreux. Tout
d'abord, il vous faut vous procurer deux récipients
cylindriques, de même hauteur mais l'un de volume huit fois
plus grand que l'autre. Placez alors le plus petit au centre du plus
grand de manière à confondre leurs axes. On a ainsi
réalisé un récipient annulaire. Une fois ce
contenant réalisé, on peut le remplir d'eau et faire
tourner le tout suivant son axe, mis vertical, sur un tourne-disque
en position 78 tours par minutes. Il ne vous reste plus qu'à
imposer entre le centre et la périphérie une forte
différence de température, le tout continuant de
tourner. Vous obtenez ainsi l'expérience
réalisée par Lorentz dans les années 60 dans son
étude des phénomènes
météorologiques. Si vous avez beaucoup de chance, vous
observerez comme lui que des vagues d'aspect évoluant sans
loi apparente se forment à un bord du récipient
pour aller mourir sur l'autre. Lorentz ne se laissa pas impressionner
par cet état de fait semble-t-il imperméable à
toute mise en loi et effectua des manipulations numériques sur
les équations du système. Il trouva alors pour
l'évolution des vagues le modèle suivant :
l'énergie cinétique maximale K(n+1) de la
(n+1)-ième vague est fonction de celle de la
précédente sous la forme K(n+1)=f(K(n)), où f
est une application continue donnée de l'intervalle
[0,450] dans lui-même. Ainsi Lorentz fut amené
à étudier l'itération de la fonction f,
c'est-à-dire à comprendre le comportement des orbites
des points x de l'intervalle, définies par
O(x)={fn(x), n>=0}, où f0=id et
fn =fofn-1, où fn est la
n-ième itérée de f. On se retrouve donc en
partant de deux boîtes de choucroute à commencer
l'étude des systèmes dynamiques en dimension
1, théorie qui connait depuis deux décennies des
développements considérables. Dans cet article, nous
allons donner la démonstration d'un théorème
dû à Sharkovskii en 1964 qui a le mérite
d'être tout à la fois simple à énoncer,
d'avoir une démonstration s'appuyant sur des outils
élémentaires, et cependant d'être un
résultat profond et très plaisant.
© patrick
iglesias
1998